2012 / 15%

Diffusion

Créé au festival d’Avignon le 19 juillet 2012.
En tournée :
Du 21 au 23 Novembre 2012 aux Subsistance (Lyon)
Espace Malraux (Chambéry) du 19 au 21 mars 2013
Théâtre de Sète les 12 et 13 Avril 2013
Comédie de Saint Etienne du 17 au 19 Avril 2013
Théâtre des Amandiers (Nanterre) du 11 au 24 Janvier 2014
Hexagone, Scène Nationale (Meylan) les 4, 5 et 6 février 2014

Distribution

Conception et réalisation : Bruno Meyssat.
Avec : Gaël Baron, Pierre-Yves Boutrand, Charles Chemin, Elisabeth Doll, Frédéric Leidgens, Jean-Jacques Simonian, Jean-Christophe Vermot-Gauchy.
Scénographie : Bruno Meyssat et Pierre-Yves Boutrand,
Lumière et régie générale : Franck Besson.
Régie plateau et construction : Pierre-Yves Boutrand, Laurent Driss, Damien Schahmanèche et Thierry Varenne.
Univers sonore : Patrick Portella et David Moccelin.
Musiques : F. Zappa, G.ligetti, Alan Vega, J.Hassel, A.Pärt…Les Voix de : J.Paulson, G.W.Bush, A.Greenspan,
Costumes : Robin Chemin.
Assistants : Véronique Mailliard et Arnaud Chevalier.
Production : Éric Favre.
Administration de Théâtres du Shaman : Emmanuelle Moreau.

Production : Théâtres du Shaman.
Coproduction : Festival d’Avignon
Espace Malraux – Scène nationale de Chambéry et de la Savoie,
Théâtre Nanterre-Amandiers Centre dramatique national,
Comédie de Saint-Étienne – Centre dramatique national,
Scène nationale de Sète et du Bassin de Thau.

Collaborations : Les Subsistances / Lyon.
Le Théâtre des Quartiers d’Ivry Centre dramatique national du Val-de-Marne, le GMEM – Centre national de création musicale de Marseille, Institut français, la Région Rhône-Alpes / Fiacre international et l’Ambassade de France aux États-Unis.
Soutiens : l’Adami aide le Festival d’Avignon à s’engager sur des coproductions.
La compagnie Théâtres du Shaman est conventionnée par la DRAC Rhône-Alpes et la Région Rhône- Alpes et subventionnée par la Ville de Lyon.

Nous remercions particulièrement : Lucile Merlin, Jacques Cossart, Alexandre Harfouche, Tuan Nguyen, Joanna Thompson de Colonges, Catherine Maisonneuve, Jean Louis Jarrige, Yves Delnord, Jim Rokakis, et Josh Cohen.
Notre gratitude pour les droits de citations de poèmes de Emily Dickinson traduits par Claire Malroux (Ed José Corti) et de textes de André Orléan (pour « L’Empire de la valeur » ed du Seuil, « De l’euphorie à la panique » ed ENS) et de Paul Jorion (pour « L’Implosion » ed Fayard).

Présentation


La FINANCE est désormais le secteur d’activité le plus influent de nos existences. Elle conditionne de près ou de loin nos décisions en matière d’espace, de temps, de santé, de comportement. Tel un trou noir, peu comprise du grand public, elle dévoie nos affects et nos mémoires.

Pure idéologie elle s’institue référence comme toutes les structures mentales qui désirent l’hégémonie. Cette croyance lui permet d’atteindre un objectif majeur : allouer un prix à tout. Désormais plus rien n’échappe à son activité. Elle émet des titres au sujet du monde négligeant ou bafouant, c’est selon, le réel qui les sous-tend. Elle veut nous convaincre de jeter in fine le réel.

Cette finance nous empoisonne.

Le théâtre, avec ses capacités de déplacement et de condensation, doit s’efforcer de prendre ce paysage comme « modèle » comme le ferait un peintre qui désire restituer ce qu’il voit. Quelles images lointaines apparaissent quand on écoute la « scie » de ces mondes là ? Ce sont aussi des images de nous tous car la finance comme une maladie est devenue une création collective.

Cette économie est de tous les débuts et ces débuts se défilent comme les premières secondes de l’univers. Est-ce que l’ignorer sur les plateaux des théâtres revient à faire ou entretenir du divertissement ? C’est probable et commun à la fois. La société débat intensément des sujets subordonnés et secondaires, souvent des querelles de bac à sable, tandis que les marchés s’activent et façonnent un monde selon leurs intérêts.

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15% n’est pas pédagogique et n’est pas un documentaire car pour l’essentiel nous savons déjà tous ce dont il retourne. La plupart de ces phénomènes ont tellement passé les bornes qu’on ne peut plus se les représenter, et sans représentations aucune réaction ne peut se produire. La finance en profite et tant pis pour le réel qui se voit affublé de toutes les contradictions, de toutes les avanies puisque les causes premières de ces incohérences se sont fait discrètes…

La crise américaine des Subprimes, symptôme de l’époque, a été un des premiers motifs de 15%. S’y mèlent : dénis du réel, cynisme, étalage des dispositions humaines à abuser autrui, asymétrie de l’information, mémoire défaillante. Puis au cours de notre travail d’autres rapprochements se sont produits, au fil des échanges, des voyages, des providences, des non-dits.

15% est notre contribution à figurer cette forêt inconsciente que nous traversons tous. La forêt est vaste et elle s’étend. Il y a d’autres itinéraires possibles et nécessaires. 15% propose un d’entre eux.

Il s’agit de RENDRE VISIBLE des comportements et des rapports humains induits par la finance, son idéologie et ses pratiques, de les coordonner et de les proposer au spectateur.

Au plateau de laisser dériver par associations successives ce qui se lève en nous quand nous sommes provoqués par les agissements des milieux financiers.

Il a fallu que chacun d’entre nous puisse avoir une meilleure connaissance des marchés financiers, de leur mode de fonctionnement, de la manière dont ils ont pris le leadership sur l’économie entière. Cette instruction a finalement abouti à découvrir la manière passionnelle qui est celle des milieux financiers : une aire où l’opinion prévaut largement sur l’analyse, le court terme sur le souhait de construire.

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De cette enquête proprement humaine (une anthropologie des climats de crise) sont apparus des personnages ou plutôt des figures qui portent au plateau la violence des relations, l’âpreté des rencontres, la naïveté de certaines espérances, le désoeuvrement spirituel et la drôlerie de quelques situations où forcément resurgit l’enfance.
Celle où on s’en prend à un bouc émissaire, celle des mauvais rêves de culpabilité, celle où toute une énergie se consacre à construire des châteaux avec des sucres, des valeurs insensées avec des déchets…

Dans ce Monde extérieur les agents économiques se retiennent d’aller au bout de leurs actes, de tirer toutes les conclusions de leurs apriori. Pourtant dans certaines situations les gens se lâchent, on entrevoie alors ce qui pourrait arriver et devenir acceptable pour une communauté qui s’habitue.

Le capitalisme non régulé est toujours au bord de traduire ses options en actes, de lâcher une image, un mot, une saillie. Toute cette contrition (ne pas faire de vagues) porte en abondance ses lapsus. C’est donc un terrain propice aux actes « dérivés », ceux qui nous échappent et nous traduisent vraiment.

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Nous avons travaillé cette matière, nous nous sommes immergés dans ce dispositif sous pression des semaines durant.Nous nous sommes laissés gagnés par les « pensées-arrières » de l’économie de crise actuelle.

Nous avons observé comment les corps peuvent être hantés par les contradictions, les éruptions cutanées de cette population qui n’arrive pas à trancher entre échange et rapine.

C’est aussi un spectacle au sujet de nos propres pulsions et de nos potentiels : ces actes possibles sur autrui non réalisés, non performés, fermentations des rapports de force que notre société privilégie tant.

Chaque acteur a fait Ce voyage là où le gain dispute avec les barrières morales. Là où l’autre devient un problème plutôt qu’une chance. La finance venait nous immerger dans des comportements et des ambitions parfois médiocres.
Mais chacun s’est attaché à trouver en lui des correspondances pour proposer un acte personnel.

15% c’est aussi un sol métallique blanc, un monochrome où les actions peuvent se voir avec grande netteté. L’espace est éclairé largement, parfois crûment, pour qu’on voit bien, sans ombres, ce qui s’y déroulent. Comme un milieu hospitalier.

L’espace est jonché de quelques objets qui serviront plus trad, au moment opportun, déjà implicitement disponibles au sein d’un
déroulement qui est de fait une boucle. La fin est dans le commencement.
Comme si toute l’action qui se déroule devant nous se dépliait à partir d’une danse inaugurale : un sirtaki dansé par tous les acteurs, costumés- cravatés.
On ouvre cet instant et on assiste à ce qu’il contient.

15% est un cycle, un spectacle qu’on peut reprendre du début ad libitum, comme la finance « s’est reprise » en 2009 et nous propose ses solutions ad nauseam.

Dans 15% toujours un acteur est rêvé par un autre, incarne une part de la conscience d’un autre, un trait moral, un remord ou le potentiel d’une voie de fait imminente.

Il y a deux poubelles où on jette ce dont on n’a plus besoin, où on va chercher ce dont on a de nouveau besoin.
Il a trois séquences de mimétisme collecif (tout le monde fait la même chose). Dans l’une d’elles chacun tente de disparaitre dans son trou à rat.

Enfin de la nature, nulle trace, sinon de l’eau dans des poches de plastique et un arbre mort avec racine basculé à un moment « cul par dessus tête », aux sons d’un 11 septembre mémorable.

Après Observer, consacré aux événements d’ Hiroshima et de Nagasaki, et Le MONDE extérieur qui traitait de l’explosion en 2010 de la plate-forme pétrolière Deep Water Horizon, 15% complète donc un triptyque tourné vers l’histoire contemporaine.
Ce triptyque implique les Etats-Unis d’Amérique comme perpétrateurs de la bombe atomique, territoire où s’épanouissent les pollutions aux hydrocarbures et berceau de la dérégulation financière.

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LE PROJET


15% est une tentative de représentation de quelques mécanismes financiers et des passions humaines qui s’y engagent.

L’époque croit aux marchés et à leurs capacités à exprimer des réalités fiables.
Depuis plusieurs décennies le réel est livré à la finance dans le souci obstiné de connaître son prix. Tout est donc estimé, même le risque, car le risque est l’horizon de cette aventure vouée à la recherche du profit privé le plus obstiné.

Dans cette aire où les marchés gèrent les titres, l’argent peut s’investir au sujet du réel mais aussi s’en désinvestir à satiété. Ce qui guide ces alternances rencontre la plus énigmatique et centrale de nos capacités : le mimétisme. L’opinion plutôt que la rationalité guide les marchés.

Or avec la finance ont s’installe dans le domaine des Croyances.
En imposant ses fictions, le capitalisme financier manifeste au grand jour le problème même de la Valeur : la valeur des choses mais aussi la valeur des idées. Dans une ample dérive il a réalisé désormais une suprême révélation, un sorte d’aveu : l’absence pour lui de toutes valeurs. Nous nous retrouvons arrimés à cette nef.

La crise que nous traversons met à rude épreuve le lien de l’économie financière et du réel car les titres financiers peuvent concerner tout autant des industries que des aléas (la baisse d’un taux d’intérêt, le climat).

Réaliser 15% c’est d’une certaine façon relier ce qui pour nous doit l’être quand on observe les réalités de cet outre-monde.
Le comportement des marchés financiers représente quelque chose de nous, de nos choix, de nos ombres.

Il est l’occasion d’un récit sur l’homme, ses croyances, sa relation au futur, à la mort. Certes il n’utilise pas les manières de raconter courantes. Ses objectifs ne sont pas de distraire ou d’instruire, il ne faut pas l’oublier. La finance se présente d’abord à nous par des chiffres, des options et des concepts ; ses inventions sont sophistiquées. Elle se dissimule aussi par des artifices, des détours.

Comme ses œuvres sont indirectes, son ubiquité totale. Il est nécessaire, pour se la représenter, de relier les événements qui doivent être rapprochés, de faire usage du montage en somme afin de libérer des associations, des correspondances.

Ecouter de quoi les gestes financiers sont les signes annonciateurs,
de qui l’économie financiarisée est-elle le mandataire ?
Qui nous l’envoie et pour quoi faire ?
Ces questions sont cardinales car l’époque croit aux marchés.

Si l’argent et ses flux « génétisent » le monde où nous vivons, on doit pouvoir, en partant de lui et de ses phénomènes, bénéficier d’un point de vue cru et bien situé sur l’humaine condition. La finance étant pour nous tous ce que la guerre et ses combines ont été pour Shakespeare quand il décrivait les hommes de son temps.

Le théâtre doit aborder le sujet de « l’économie de marché déréglementée ». Il doit s’occuper de ce sujet périlleux puisque toutes les histoires et les drames contemporains qu’il met en scène en procèdent. En somme libérer des associations afin de donner l’occasion
à chacun de se souvenir et de s’étonner, de poursuivre aussi ses propres investigations. Ses messages flottants convoquent l’imaginaire et signalent nos espérances et nos dénis.

Cette économie s’occupe de nous. Le primat de notre époque n’est plus ni politique, ni métaphysique, ni amoureux. Ce sont les enfants qui croient encore ces fables. La Finance ne se situe pas dans l’Empyrée. Des décisions économiques et financières peuvent faire mourir. Elle nous mène la vie dure, s’adresse à nous, à nous en tant qu’hommes.

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C’est une blague de trader qui dit : « un investissement c’est une spéculation qui a raté »

L’économie financiarisée n’est jamais aussi intéressante que quand elle déborde de son aire et elle n’ arrête pas de déborder. On peut désormais la considérer comme la matrice de toutes les histoires. Elle est devenue le lierre de nos vies.

Bien sûr les spectacles au sujet de la finance sont souhaitables car la finance génère davantage de passions que la plupart des autres sujets traités couramment par le théâtre. Hélas, ils sont rares.

On ne peut exercer sa réflexion qu’au sujet d’une chose qu’on peut se représenter or on ne peut se représenter qu’une chose avec laquelle on a eu une relation sensible, émotionnelle. On se prend à espérer que tous et toutes s’emparent de ce sujet et lui apportent leurs réponses particulières.
On peut travailler « la chose économique » en assistant à une représentation si toutefois on accepte d’exercer librement ses projections au sujet des visibiltés offertes par le plateau.

SANS LA « FABLE« 

15% propose des visibilités au sujet de la finance et des capacités humaines qu’elle emploie pour son expansion.

15% n’est pas un documentaire car la crudité des images qu’enregistrent des caméras est bien plus opérationnelle pour « montrer les circonstances » que celle du plateau.

15% n’est pas un tract adressé à la finance.
Egréner les scandales de la finance ne provoque aucune réaction durable et ne suffit plus. C’est à une absence de corps mais aussi à des problèmes d’échelle et de représentation que nous sommes confrontés, comme citoyens, comme lecteurs, comme spectateurs.

Au premier abord le sujet de 15% est sans lieu (pas de scènes de crime), Il ne fait pas paraître de paysages. Au premier abord en tous cas…

A son sujet on ne peut dire ni « où », ni « quand ». Tout semble s’y dérouler avec une éprouvante lenteur, dans une progressivité ophidienne et ses catastrophes trop visibles sont rétrocédées au politique et au collectif. La finance est d’obédience nomade. Elle fait du prosélytisme pour un état nomade qui lui correspond.

Pourtant on constate aussi que nous contenons cette croyance en nous. Nous la projetons vers l’extérieur de plus en plus intensément, elle nous agite en notre for intérieur. Le spectacle du monde économique et financier devient homologue à nos tourments et marqueur de nos pathologies.

Les images de ces mondes ont une valeur particulière pour celui qui les regarde longuement car sa croissance nous encombre désormais. La finance se rapproche année après année d’une expression sans détours de sa nature. Elle va bientôt parler enfin sa vraie langue. Et on sait que les gros lapsus finissent en fin de compte par des actes d’ampleur.

Presse

Blog Mari-Mai Corbel

20 juin 2012

Alchimie financière aux arcanes mangeuses d’ombre

Télérama

Par Elodie Bouchez

20 mars 2013

Mouvement

Par Bruno Tackels

Les magiciens de l’argent

Note

Pour tenter ce texte singulier fait de paroles et d’actes homologues à ces réalités nous avons privilégié une méthode particulière un partage abondant d’informations avec les acteurs et les techniciens. …..