2022-2023 …si ça se trouve….

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(Titre provisoire)

spectacle folklorique
pour les enfants à partir de 6 ans

Diffusion

Création du 26 au 28 janvier 2023 au Cube-Studio Théâtre d’Hérisson (03)

– début avril à La Fonderie (Le Mans)

Distribution

Réalisation : Bruno Meyssat

Avec :
Philippe Cousin, Elisabeth Doll et Paul Gaillard
Régie Générale : Pierre-Yves Boutrand
Scénographie et Lumières :
Pierre-Yves Boutrand et Bruno Meyssat
Son : Bruno Meyssat

Production Théâtres du Shaman
Avec le soutien du Cube-Studio Théâtre d’Hérisson (03).

Théâtres du Shaman est conventionné par le Ministère de la Culture – DRAC Auvergne Rhône Alpes,
la Région Auvergne Rhône Alpes
et reçoit le soutien de la Ville de Lyon. 




INTRODUCTION


Nous désirons réaliser un spectacle à partir du folklore. On définit le folklore comme l’ensemble des productions collectives émanant d’un peuple et se transmettant d’une génération à l’autre par voie orale et par imitation.
En lui, en un même flot narratif, se combinent fréquemment ésotérisme et vie pratique.
Si ça se trouve… ne sera pas mon premier spectacle jeune public. A partir de récits mythiques, prosaïques ou religieux (Histoire de Joseph le Charpentier, L’Echange de Claudel et Le Paradis de Dante) on a réalisé en 1995 au
festival Théâtre en Mai, Sonatine, une fantaisie visuelle et musicale à partir de rêveries prémonitoires d’une femme visitée par un ange. Ce spectacle m’a permis de vérifier que la liberté d’interprétation était aussi un don de l’enfant-
spectateur.
Qu’en faire à sa guise et selon ses propres vues était un jeu reçu et partagé.


FOLKLORE ET IMAGINATION


La fréquentation du folklore rappelle à chacun(e) combien notre vécu des événements actuels est éclairé par l’idéologie du temps. Et l’idéologie a ceci de crucial qu’elle ne permet pas de distinguer qu’on y est soi-même inclus.
Regarder des temps anciens c’est savoir à nouveau – ici par l’émotion – qu’on a pu vivre autrement mais aussi imaginer d’autres rapports aux gens, à l’espace et aux choses. Un monde où d’autres préoccupations affleuraient et y laissaient des traces visibles (parfois des superstitions). On se frayait un chemin parmi ces réalités.
Ce spectacle désire aborder ces sensations.
Le folklore exprime avec vigueur les potentiels imaginaires d’un ensemble de gens. Face aux débordements des élans de la nuit sur le jour, de nos craintes sur nos capacités, il pose un espace de négociation (de jeu ?) avec ce qu’on ne voit pas.
C’est bien comme un domaine de création et non de patrimoine que nous l’approchons et que nous la proposons à l’attention des enfants.

SUPERSTITIONS ET CHARMES

Les superstitions et les croyances populaires sont le domaine d’expression d’un monde qui combine merveilles, charmes et petites frayeurs.
Les contes populaires ou d’auteurs nous ont transmis ces histoires de façon bien connue. C’est un domaine décloisonné où sont suspendues les frontières qui ordonnent notre rapport au monde, celles qui attribuent des rôles et des limites aux choses, aux animaux, à l’espace, au temps.

Saint Aubin sur mer 2022

Nous porterons notre attention vers des pratiques conjuratoires anciennes et vers quelques superstitions liées aux différentes étapes de la vie. Nous choisirons parmi celles qui nous semblent convenir à un partage avec de jeunes enfants.

Le folklore français devrait suffire tant il est ample (en autres Bretagne et Alpes). Des ouvrages les présentent et les ordonnent tels celui de Arnold Van Gennep (Le Folklore Français) ou ceux de Charles Joisten (un ethnologue qui a documenté les croyances dans les Alpes).

On pourrait y ajouter quelques coutumes étranges compilées à partir du Rameau d’or du britannique George Frazer.

Exemples :

Trois extraits du Folklore Français de A Van Gennep :

« C’est toujours au futur (époux) d’acheter les chaussures de la mariée. Pendant la noce tout le monde essaie « le soulier » à la fiancée (on peut payer un droit pour ça) seul le fiancé réussit (cf Cendrillon)-. Les chaussures avaient été essayées la veille par le fiancé ou par son père, cérémonie agrémentée de coups de fusils. L’opération se dit caler (…) »

« On jette d’ailleurs de vieilles savates aux mariés à un moment ou à un autre de la noce. »

« Lors du Carnaval on peut brûler dans un four avec des épis une vieille savate soit pour se marier, soit pour une jeune épouse manifester que le couple demeure stérile. » (p 362 & 366)


« On ne doit pas balancer un berceau vide si on n’est pas un membre rapproché de la famille ; le plus souvent aussi, seule la mère peut ôter l’enfant de son berceau. » (p 122)


« En Macônnais on mesure le défunt « pour l’empêcher de s’allonger ». » (p 612)

Deux extraits du Rameau d’Or de G.Frazer :

« Quand un chasseur Gyliak( Ethnie de Sibérie)est en train de poursuivre un gibier dans la forêt, ses enfants à la maison n’ont pas le droit de tracer des dessins sur le bois ou sur le sable; on craindrait que les sentiers de la forêt ne devinssent aussi enchevêtrés que les lignes des dessins si bien que le chasseur perdrait son chemin et ne reviendrait jamais. »

« Les parents défendaient aussi aux bambins d’écrire chaque fois que leur père était absent de la maison, il leur semblait que l’alphabet russe était une forme de dessin particulièrement compliqué, ils s’effaraient à l’idée du danger que ces dessins feraient courir aux hommes dans les bois sauvages.
Au Japon, on ne pouvait couper les cheveux et les ongles du Mikado (l’Empereur) que pendant son sommeil parce que son âme, absente alors de son corps, n’avait aucune chance d’être blessée par les ciseaux.« 

Carnac 2022

UN CAHIER DES CHARGES / THÉÂTRE ET CROYANCES

Il y aura trois interprètes au plateau : deux hommes et une femme.

On réunira des d’objets choisis pour la richesse des comportements conjuratoires qu’ils occasionnent dans la mentalité ancienne et qui peuvent perdurer aujourd’hui de façon discrète.

Le spectacle s’élaborera à l’occasion d’une douzaine de superstitions choisies avec les acteurs-actrice à la lumière de leur vie personnelle et pour les résonances plus larges qu’elles nous offrent encore. Ce sera comme notre texte de départ.

On exprime souvent que les croyances – et la société qui les fabrique – présentent les aspects d’un monde encore enfant.
Or, chacun le constate, cette part ancienne nous accompagne encore dans notre vie quotidienne. Elle continue d’exprimer par des récits édifiants et des conduites à tenir l’irrationnel de nos espérances, de nos craintes, de nos questions.

Les moyens employés pour agir sur le sort sont parfois drôles car ils résultent de rapprochements insolites – comme si on sautait une étape du raisonnement profond en question-. Ils expriment littéralement les croyances ; c’est cet « au pied de la lettre » qui fait souvent surgir le comique. Un décalage s’exprime ainsi pour nous qui la rencontrons:

« Les Hindous croient qu’un jumeau peut sauver les récoltes des ravages de la grêle et des pluies violentes, si seulement il se peint en noir la fesse droite, et en toute autre couleur la fesse gauche ; ainsi coloré, il va se poster face au vent. » (Frazer T1. p 472)

« Dans certaines parties de la Bavière, quand une conversation s’arrête, et qu’un long silence suit, on dit : « Biens sûr, quelqu’un a croisé les jambes.. ». »  (Frazer T1. p 655)

« On met sa veste à l’envers pour aller à la chasse aux escargots. Cette précaution garantit de bons résultats ! » Dico des superstitions. Tchou

Cette aire est très proche des enfants. Bien réelle, elle les accompagne discrètement, car pour eux ce n’est pas le temps de l’analyser, ni d’y poser un regard critique. Et c’est tant mieux tant elle est une ressource et encourage l’invention et le jeu.

Madrid 2019

Les actions conjuratoires (ou les coutumes) occasionnent des enchainements gestuels qui pourront se présenter sous formes d’énigmes visuelles (nous n’expliquerons pas leur origine ni motivation). Comme ces actions renvoient à des réalités profondes, leur réception et la façon de les identifier (de les nommer) offrent un jeu libre et puissant.

Les enfants sont des inventeurs, des personnes actives par rapport à ces réalités. La part projective qu’ils exercent lors d’un spectacle est vigoureuse surtout lorsque ce qui arrive sur un plateau n’est ni commenté, ni cadré par les outils dramatiques communs du récit ou du texte. Ce sont des spectateurs qui demandent à être auteurs de ce qu’ils voient et entendent quand l’occasion se présente.

ÉCRITURE DE PLATEAU

Nous pratiquons ce que l’on nomme désormais une «  écriture de plateau ». Nous ne mettons pas en scène un texte dramatique ou l’adaptation d’un récit. En répétition le spectacle s’élabore avec les outils même du théâtre dans une relation d’aventure où chaque élément rassemblé au départ du projet peut à travers maintes combinaisons permettre l’éclosion de nombreuses images inattendues.

A cette étape nous commençons par des improvisations. L’acteur, sollicité par un sujet, une phrase, choisissant un ou plusieurs objets commence à agir et à inventer des enchainements qui sont notés et répertoriés. Ils pourront devenir des séquences, assemblées ensuite comme le seraient les plans d’un film. Il en résulte un spectacle très visuel où lumières et musiques ont toutes leurs importances.

Ce sera un spectacle essentiellement muet.

Cette énergie exercée à « redéployer » des croyances et mise en commun (adultes sur le plateau et enfants en salle) permet, le temps d’un spectacle, à quelques réalités anciennes de revenir vers nous, de se rêver encore et d’une façon nouvelle.

Chypre

« En Perse, le fiancé et la fiancé entraient dans la salle de mariage par deux portes différentes et se regardaient d’abord à travers un miroir placé au centre de la pièce : ils se voient alors tels qu’ils seront au Paradis. » Dico des superstitions. Tchou

Les croyances parlent de nous, grands et petits qui sommes engagés dans un pas à pas parmi les choses inconnues (et qui souvent le demeurent). Chacun est convié. Les petits devinent que ce sont là comme des poésies rapportées à notre réalité secrète.

Le cinéaste Tarkovski avait écrit : « Quand on se souvient on devient meilleur ». Il voyait juste.

Ce spectacle tente de se souvenir avec des enfants de quelques événements et enfouis et partagés.

Et, pour la route…

« Le nouveau né reste aux mains des fées jusqu’à ce qu’il ait éternué. »

Bruno Meyssat -25 mai 2022-
Théâtres du Shaman. Lyon

Photographies: Bruno Meyssat

Contact Diffusion
Céline Aguillon : celinaguillon@gmail.com / 06 20 41 46 49
https://www.theatresdushaman.com