Le texte que je vous propose se compose de fragments. Il apparaîtra que je regarde résolument Orage comme jouxtant l’œuvre autobiographique de l’écrivain suédois (Inferno, légendes, Seul, Journal Occulte …) cédant à l’évidence de l’engendrement mutuel des deux œuvres. L’homme vivant de feu, Strindberg, posant devant lui son texte qui rayonne en retour vers lui, dardant sa vie dont il reprend le récit inlassable, commencé avec « Le fils de la servante ».
L’écriture d’une telle pièce évoque pour nous une genèse du texte particulière. Une voix intérieure qui s’enfle, se dissocie du fait de « sa haute pression », se polarise, élève des caractères, met en place des conflits. Pourtant, le côtoiement de ces personnages, fils et filles de la « même lave » demeure irréel, biffé d’ étrangetés, tant ce qui les unit et les mène, Strindberg, le Fils de la servante, est un père jaloux, hypnotisé par sa propre vie intime.
Orage est une pièce assez courte ; elle se compose de trois actes.
A la première lecture, sa densité n’a d’égal que son étrangeté. Une fréquentation plus longue du texte révèle la nature métaphysique de son propos et de son intrigue. C’est une pièce qui « traite » de l’être même, du temps et de ce qui lie les humains de manière visible te non visible.
La parole dans Orage arrive comme à travers des épaisseurs vaincues, des distances abolies mais encore sensibles, décelables. Même si nos yeux les voient ensemble, dans l’air fictif du plateau, ils sont visions parfois, l’un pour l’autre, et agissent, vivent leurs sentiments en conséquence.
Cette écriture qui expulse les personnages hors de l’auteur agit de même pour les choses « inanimées » et, entre autres : l’espace. Ainsi peut-on prêter à l’espace des pensées secrètes, des sentiments. Cette mitose prodigieuse élève ce qui aurait pu être, dans d’autres mains, un drame bourgeois étrange au rang d’une tragédie métaphysique au sein de laquelle les catégories de l’être sont malmenées (celles de la conscience) par l ‘émergence de forces plus profondes.





