Kairos
Accueil | Actualité | Kairos

Kairos

Création du 31 mars au 13 avril 2016 /Théâtre de la Commune-Aubervilliers (Dir : Marie José Malis).

la création d’un premier état à eu lieu du 14 au 18 décembre 2015 / TNG-Lyon (Dir : Joris Mathieu).

KAIROS est coproduit par Théâtres du Shaman
, Théâtre Nouvelle Génération / CDN de Lyon et le Théâtre de la Commune - CDN D’ Aubervilliers


Théâtres du Shaman est en convention avec la DRAC Rhône-Alpes, la région Rhône-Alpes et reçoit le soutien de la ville de Lyon

Comme si la crise de la Zone Euro était une affaire grecque et non pas un labyrinthe allemand, français, voire même américain. La question centrale n’est ni l’euro ni la dette, c’est la démocratie.
Le « moment troïkan » est un bouleversement de l’horizon, et donc du temps vécu, projeté et en fin de compte espéré. Nous vivons au jour je jour, sans projets à long terme, nous ne voyons pas plus loin que le bout de nos peines. « La dette souveraine » est passée du statut de « crédit » bancaire à celui d’échéance téléologique perpétuelle.

Panagiotis Grigoriou. In « La Grèce fantôme ». Ed Fayard

Générique :

Conception et réalisation : Bruno Meyssat
Avec : Chryssoula Anastassiadou, Elisabeth Doll, Yassine Harrada, Julie Moreau, Mayalen Otondo
Scénographie et plateau : Bruno Meyssat et Pierre-Yves Boutrand assisté de Arnaud Chevalier
Lumière et Régie générale : Franck Besson
Assistant(s) : Arnaud Chevalier, Elisabeth Doll
 et Véronique Mailliard
Stagiaire : Lisiane Durand
Univers sonore : David Moccelin
Costumes : Robin Chemin
chargée de diffusion : Florence Bourgeon
administration : Emmanuelle Moreau et Catherine Maisonneuve

Remerciements pour avoir contribué à la préparation de KAIROS :
Anouk Ara, Mariana Calbari, Michel Husson, Panagiotis Grigoriou, Zoé Konstatopoulou, Euripides Laskardis, André Orléan, Lélia Panteloglou, Georges Vichas et Sophia Tidizikou

C’est une production légère et en évolution de Théâtres Shaman. Elle fait partie d’un ensemble de spectacles réactifs aux événements du monde sous le titre : « Monde extérieur ».

Ce spectacle peut être amené à se développer dans une forme plus ample pour la saison 2016-2017.


Athènes. Photo Bruno Meyssat

KAIROS est la restitution au plateau de « quelques événements récents concernant la Grèce » par une communauté de personnes vivant en France, acteurs et techniciens. KAIROS s’écrit à partir d’une approche patiente et collective : plusieurs séjours à Athènes, rencontres de témoins, lectures, collecte d’objets et de sons, ... et prend note des échos de cette crise dans les media. Un séjour a eu lieu avec les acteurs de Kairos en février 2016 à Athènes pour un atelier à destination des élèves acteurs du Théâtre Technis d’Athènes (dir : Marianna Calbari).

Une actrice amateure grecque : Chryssoula Anastassiadou, rejoint ce groupe à Aubervilliers.
KAIROS se construit au point de convergence de plusieurs sources d’information au sujet de la réalité grecque : celle que nous avons découverte comme français, celle instrumentée par les fonctionnaires et politiques européens, celle qui est vécue par des témoins grecs d’Athènes ou de la région parisienne.

KAIROS est donc un instantané mais documenté, comme un article de presse que nous devons rendre à des rédactions, d’abord le 14 décembre 2015 à Lyon puis le 31 mars 2016 à Aubervilliers. La manière de répéter, de s’organiser, de se documenter est estampillée par cette urgence et par une actualité en mouvement. Par essence.

Ce projet est réalisé dans l’intranquillité et sans filet car la nécessité d’aborder ce sujet s’est imposée à nous. 
Cette crise est une mère d’autres événements, c’est une référence malheureuse. Lui faire face avec les moyens disponibles, au moment propice, donc sans attendre. Faire son enquête, écouter tout ça d’où on se trouve, ici ou là bas.
Les événements grecs rappellent d’autres méfaits récents de la finance auxquels nous avions consacré la création du spectacle 15% en 2012. Ils manifestent une nouvelle fois non seulement les errements de l’Union Économique Européenne mais une révélation manifeste des buts poursuivis par cette association purement économique. Comme tout dévoilement il est éloigné par un bruit médiatique intense. L’abondance de paroles « d’experts » autour de cette question forme un ensemble pléthorique. Quand on explore ce matériel ce n’est pas toujours la voix de l’esprit que l’on entend. Nous donnerons des exemples de ces « analyses » plus bas.
De quoi cette crise est-elle l’image pour nous ? Pour nous qui ne vivons pas en Grèce. Ne ravive-t-elle pas des réflexions, des souvenirs mais aussi des situations ambiguës ?

Bien des économistes, ainsi André Orléan à la suite de Keynes insistent sur la dimension émotionnelle de la finance. Ils rappellent sa dépendance aux mouvements cachés de notre psychisme. Cette activité porte à son comble le caractère mimétique et irréfléchi des acteurs de marché, celles là même les plus aptes à modifier le sort de chacun. La finance, mètre étalon contemporain est une aire où s’expriment nos ombres. En ce lieu prolifère, sous couvert d’objectivité, la poursuite des objectifs les plus irrationnels. Et la Grèce se trouve depuis plusieurs années dans les serres de cette convoitise.

Une question doit, il nous semble, être posée et travaillée sur les plateaux de théâtre actuellement : 
« Quand on parle de crise, de quoi parle-t-on en fait ? ». Peut-on manifester des pensées, des réalités d’ordre économique, social sans passer par la fable ou l’incarnation de personnages pris dans les rais d’une crise telle que celle-ci ?
Certainement. Il nous faut traverser au préalable une documentation intense pour en disponibilité d’entendre et de relier des événements.

L’hybris et le déni résident au cœur de la crise grecque. Elle s’explique d’abord par l’apparition de volumes considérables de liquidité, disponibles et prêts à être investis, sur les marchés mondiaux au début des années 2000.

Il est probable que la Grèce soit un avant-poste de ce qui se produira ailleurs en Europe.

« Étrangement » la Grèce, n’est pas un pays d’Europe comme les autres. Ce territoire fondateur, dont on a exploité la pensée et le langage comme de généreuses carrières a aussi donné un nom de sa mythologie à la monnaie commune. 


En Grèce, du fait de « conditions favorables » se manifestent un ensemble de tendances pour l’heure subliminales ailleurs en Europe mais déjà présentes. En Grèce du fait de « à l’occasion historique », s’étalent au grand jour des conceptions économiques, philosophiques et sociales réfrénées sur d’autres territoires car leurs opinions ne sont pas encore prêtes à les accepter.

On y observe ainsi la prédominance des créanciers (supposé en capitalisme assumer les risques pris sur les marchés) sur un corps social dans son ensemble. On y observe la négation répétée des droits internationaux et des conventions qui devraient protéger la Grèce comme Etat indépendant ayant signé des conventions internationales. Ceci au vu de tous les pays modernes qui l’entourent.

En Grèce, les désirs et objectifs des créanciers l’emportent sur celui de survivre d’un malade du cancer par exemple, ou sur celui d’une assemblée élue qui doit voter des textes sans les lire.

Le « tu me dois de l’argent » s’inscrit au fil du temps comme une transcendance qui recueille grâce aux média et « aux experts » la foi de tous et de toutes. Une Europe à la dérive, enivrée par les marchés financiers, se dote de priorités qu’elle n’examine plus.

Bruno Meyssat. Décembre 2015

Un jour, il faudra faire l’histoire du démontage par l’Europe de l’Etat social et de la démocratie - un démontage dans lequel « le moment grec » apparaîtra crucial.
Un jour, il faudra faire l’histoire du naufrage d’une « classe politique européenne », que ses intérêts de classe, son éclatante médiocrité intellectuelle et son absence de culture historique ont rendu prisonnière de l’idéologie néolibérale, incapable de la moindre vison stratégique et toujours le nez dans le guidon des contraintes immédiates - des contraintes qu’elle s’est laissée imposer, quand elle ne les a pas inventées (comme les fameux « critères de Maastricht »), qui donnent à son impuissance l’excuse de la nécessité et lui évitent d’avoir à réfléchir, à inventer, à agir.
Olivier Delorme. Historien.
Les Grecs contre l’austérité. Ouvrage collectif. Ed. Le Temps des Cerises

Blog Greek Crisis en français de Panagiotis Grigoriou :http://www.greekcrisis.fr/

Portfolio


© Théâtres du shaman 2009 - Mentions Légales